Archive | avril 2016

Paresseuse ? Non, je profite de l’effet de masse !

Comme je n’ai absolument pas bossé mes cours ce mois-ci, ça va être difficile de procéder à une petite révision pour mon article hebdomadaire… mais je ressors mes notes de février, c’est bien aussi 😄. Je vais donc vous parler de Paresse sociale et de Facilitation sociale.

Les profs adorent nous faire travailler en groupe. Je ne sais pas pour vous mais moi je déteste ça ! Il apparaît que lorsque les personnes sont plus ou moins de même niveau, même si elles ne connaissent pas la réponse au problème posé, elles vont nettement mieux progresser que si elles travaillaient seules. Parce que comme je l’ai déjà expliqué dernièrement, si face à nous quelqu’un n’a pas les mêmes idées, nous allons arrêter d’admirer notre nombril et réfléchir différemment. Voilà pour les travaux de groupes dans le cadre des études même si les deux effets dont je vais parler peuvent intervenir.

En société nous nous retrouvons souvent dans des groupes. Les ménagères de moins de quarante ans (dont je ne fais plus partie 😂), les hommes à moustache, les musiciens amateurs, l’équipe X au basket, etc. Et là, les effets de la paresse sociale apparaissent.

Imaginez que vous jouer au jeu de la corde. Vous être à un bout et une personne à l’autre. Vous tirez chacun de votre côté pour faire perdre votre adversaire. Vous mettez une certaine force à l’ouvrage. On reprend le même jeu, mais par équipe cette fois-ci. Vous êtes au milieu des vôtres face à une équipe adverse. Et là, vous mettrez moins de force à l’ouvrage : voici la paresse sociale dans toute sa splendeur !

Des chercheurs (Latané et al.) ont cherché (ben oui, ce sont des chercheurs) à savoir si le phénomène se rencontrait chaque fois. Ils ont donc ôté toutes les variables qui pouvaient influencer les participants lors de leur expérience. Afin que ces derniers ne se basent pas sur leurs voisins, ils se sont retrouvés les yeux bandés avec un casque sur les oreilles diffusant un son continu du 90dB, dans un studio insonorisé. Ils devaient crier le plus fort possible. Quand leur tout venait, ils recevaient une simple information dans le casque leur précisant s’ils allaient crier seuls ou accompagnés (les informations étaient évidemment erronées). Il s’avère que les participants ont systématiquement crié moins fort lorsqu’ils pensaient être accompagnés !

A quoi est due cette paresse sociale ? Trois causes :

  1. Les individus pensent que tout le monde ne fournit pas le même effort,
  2. Chacun a une idée très personnelle du but à atteindre. Par exemple produire tant de décibels. Que l’on soit seul ou en groupe, on adapte notre performance pour atteindre le but fixé subjectivement,
  3. En groupe, on a l’impression que nos efforts sont moins reconnus, fondus dans la masse et que nous ne sommes donc pas valorisés à notre juste valeur.

Dans le cadre d’une forte pression pour atteindre un but difficile, la pression que l’on reçoit est plus grande si on est seul que si on fait partie d’un groupe (théorie de l’impact social), ce dernier recevant la pression divisée au sein de tous ses membres.

Je continuerai sur la facilitation sociale la semaine prochaine.  (Ceci est un teasing de la mort 😂).

 

Et pour terminer en musique je vous propose de belles voix The Gugulethu Tenors avec Nyamezela

 

Ne Pleure Pas Jeannette…

Aujourd’hui je vais vous parler des émotions parce que c’est ce que j’étudie en ce moment, que je trouve ça passionnant, et ça m’oblige à réviser…

Il faut tout d’abord savoir que nos émotions sont importantes et contrairement à la croyance  populaire, les décisions prises lors de forts moments émotionnels sont très “raisonnables”. A quoi nous servent ces émotions ? Elles nous informent sur ce qui est important pour notre bien-être.

Nous évaluons en permanence notre environnement (appraisal) selon un certain ordre :

    • La pertinence : est-ce que l’événement en question me concerne ? On observe si c’est quelque chose de plaisant ou non. Une bonne glace ? Mmm c’est bon mais mauvais pour notre régime. On regarde aussi si ça nous apporte quelque chose. Si l’événement est menaçant (dernier point d’eau à des kilomètres à la ronde en plein désert) il sera jugé comme très pertinent.
    • L’implication : à quel point mon bien-être sera-t-il affecté ? Nous sommes donc face à un être animé. Si on se trouve face à un ours lors d’une balade dans la nature la réaction ne sera pas la même que si on est à la chasse à l’ours, prêt à tirer. On va évaluer les conséquences et l’urgence (l’ours va me dévorer).
    • Le potentiel de maîtrise : vais-je pouvoir m’adapter ? A ce moment du processus on réfléchit si l’événement est maîtrisable par nos propres moyens ou de l’aide extérieure. (Si je hurle, le garde à moins d’un kilomètre va-t-il m’entendre et me venir en aide pour abattre l’ours ?). Et enfin, si on ne peut rien faire, peut-on s’adapter aux conséquences. Concernant la rencontre avec l’ours, une fois qu’on a fini dans son estomac, la question ne se pose plus on est d’accord. Mais dans le cas d’un licenciement
      professionnel par exemple, est-ce la fin du monde ou est-ce qu’on peut s’en sortir ?
    • Signification normative : comment l’événement agit sur l’estime de soi ? Lors d’un licenciement, l’estime peut prendre un sacré coup. Est-ce de ma faute ou c’est la faute de “la crise” ?

Une fois que tous ces processus ont eu lieu, hop, on les refait dans l’ordre.

Une émotion comprend cinq caractéristiques :

      • les processus mentionnés ci-dessus, appelés appraisal,
      • un sentiment subjectif car oui, il nous arrive de penser consciemment à ce qui se passe. Mais ça reste une infime partie des processus émotionnels,
      • une réponse psychophysiologique : le rythme cardiaque change, la transpiration apparaît,
      • une expression motrice : les traits du visage sont modifiés ainsi que la tonalité de la voix
      • une tendance à l’action : faut-il fuir ou se transformer en statue de sel ? Attaquer le con qui nous agresse verbalement ? La tendance à l’action n’est pas l’action en elle-même. Face à un petit chefaillon, on aura tendance à vouloir lui casser la gueule. Or, on ne va rien faire si on veut garder son poste…

Si comme moi vous être hyper émotif, il faut vous dire que vos émotions vous rendent service (mouais, on se rassure comme on peut). Parce que les émotions nous aident à prendre conscience de certaines choses alors que nos ressources attentionnelles sont limitées. (Voir un précédent article : cécité aux changements ).

Il faut aussi savoir que nos émotions sont influencées par nos humeurs par exemple. Une personne souffrant de dépression vivra le processus d’appraisal avec un biais lié à son humeur négative. Et enfin, si elles nous permettent de bien focaliser notre attention sur un stimulus, elles nous empêchent de prendre en compte les détails autour. Par exemple, sous la menace d’une arme, nous allons bien regarder le pistolet alors que nous serons probablement incapables de décrire la personne qui le tient !

Comme d’habitude, j’espère avoir bien compris mon cours et vous l’avoir expliqué de façon compréhensible.

Sources :
Sander, D., & Scherer, K. R. (2009). Traité de psychologie des émotions (Dunod). Paris.
“Neuropsychologie des émotions” dans L’Essentiel n°7 de Cerveau et Psycho – Le pouvoir des émotions (août/octobre 2011)

Et pour terminer en musique Je vous propose The Liminanas avec Garden of Love (feat. Peter Hook)

Petits Moutons face à l’Autorité, à l’Autre.

Dans mon dernier article, Dr CaSo m’écrivait ceci :

Quand on essaye de résister, les “conformistes” deviennent souvent très méchants! Je vois ça très souvent dans les réunions, quand quelqu’un de haut placé dit quelque chose (de con) et tout le monde se sent forcé de dire oui oui même si on sait très bien qu’en réalité ils ne sont pas du tout d’accord… et si j’essaye de dire non, alors là c’est la haine, parce que j’ose déranger le status quo, parce que je rends tout le monde inconfortable, parce que je force tout le monde à se remettre en question. Je me fais énormément d’ennemis tout le temps à cause de ça, au boulot!”

Alors dans ce message il y a trois problématiques sociales qui ressortent : l’influence dans les groupes, l’attitude des gens face au pouvoir, le conformisme social.

Reprenons la première phrase : Quand on essaye de résister, les “conformistes” deviennent souvent très méchants!

Dans notre société, nous faisons partie de plein de groupes : au travail, notre club de gym, les propriétaires du quartier, … Et nous avons un fort sentiment d’appartenance dans les groupes qui nous intéressent, sentiment basé sur des règles tacites. Il y a donc un consensus qui nous pousse à être conforme à ces règles. Et lorsqu’un problème surgit avec les membres dudit groupe, s’ensuit une grande communication entre tous. Un chercheur, Festinger, a élaboré une théorie en quatre points sur ces communications et son hypothèse 2a dit ceci : “Plus la divergence entre un membre particulier du groupe et le communiquant est grande à propos du contenu x et plus la tendance qui pousse à communiquer avec ce membre à propos du contenu augmentera”. Ce qu’il y a de positif à ce stade-là, c’est que Dr CaSo est encore considérée comme membre du groupe car sinon ses remarques produiraient tout au plus un léger haussement de sourcils. Tout n’est pas perdu même si les membres se sentent menacés à cause de quelqu’un qui ose remettre les règles tacites en cause.

Continuons : quand quelqu’un de haut placé dit quelque chose (de con) et tout le monde se sent forcé de dire oui oui même si on sait très bien qu’en réalité ils ne sont pas du tout d’accord.

Là nous sommes dans la soumission à l’autorité. Pour obtenir une uniformité dans un groupe, il faut une pression. Deux chercheurs, French & Raven, ont recensé cinq formes de pouvoir : * pouvoir de récompense : on félicite, on récompense,… *pouvoir de coercition : on punit, on exclu, on licencie * pouvoir d’expertise : on part du principe qu’un personnage haut placé possède un minimum de compétence (on sait que ce n’est hélas pas toujours le cas) *pouvoir référentiel : on admire la personne, on s’y réfère. *pouvoir de légitimité : notre boss ! Vous prenez les chefs de secte et aux yeux de leurs adeptes, ils remplissent tous les critères. Donc on va suivre la personne haut placée à cause de son pouvoir supposé sur nous. Ensuite il y a le fait que le petit employé qui dit une ânerie sera vite écarté du groupe alors qu’on pardonnera au big boss. C’est moche mais c’est de cette façon que fonctionne notre société. Vous pouvez regarder l’expérience de Milgram sur la soumission à l’autorité. Le lien est un résumé mais vous pouvez trouver l’expérience complète sur le net.

Enfin : si j’essaye de dire non, alors là c’est la haine, parce que j’ose déranger le status quo, parce que je rends tout le monde inconfortable, parce que je force tout le monde à se remettre en question.

Nous nous trouvons là dans les cas d’influence minoritaire. Le Dr Caso se trouve face à une majorité. Majorité qui est sûre d’avoir raison, puisqu’elle est majoritaire. Par contre, si cette majorité écoute le Dr CaSo, elle peut se remettre en question. Du coup, en plus d’avoir son avis, elle en a un autre. Quelle horreur !  Effectivement, le groupe peut alors se remettre en question. Et par ce fait, va réfléchir à d’autres possibilités encore. Lors d’expériences dont je ne vais pas parler là (trop fainéante pour relire des articles soporifiques), il a été montré que lors d’un débat face à une minorité, les réponses exposées sont nettement plus variées et recherchées que face à une majorité. Comme quoi, si on n’est pas face à des bœufs, être le vilain petit canard peut faire du bien au troupeau 😁.

Vous l’aurez compris, il existe plein de règles sociales qui nous dirigent inconsciemment. En prendre conscience peut nous aider à ne plus subir bêtement le cours des choses…

(Comme d’habitude, j’espère n’avoir pas écrit d’âneries.)

Et pour terminer en musique j’ai choisi Christophe pour son dernier album entendu à la FnuK et que j’ai trouvé sympa. Je vous propose Océan d’amour  (pas ma préférée mais je prends ce que je trouve).