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Lire et pouvoir s’évader

Voilà, je lis en ce moment « un roman à l’eau de rose épicé » comme le dit Mahie. Un roman érotique qui exalte la sensualité de ses lectrices (et lecteurs également). Et voilà que j’ai fait un bon dans le passé.

J’ai vingt ans, je suis en Angleterre. Je trouve que je ne progresse pas assez rapidement dans la langue de Shakespeare. Et je me souviens que ma maman me répétait que le vocabulaire s’acquérait par la lecture. Je déteste lire. L’image qui me vient à l’esprit à cette évocation est ma maman penchée en permanence sur ses bouquins et m’ignorant superbement. Je le vivais mal. J’adorais l’insulter dans ces moments-là ; elle ne s’en rendait même pas compte !

C’est donc d’un pas trainant que je me rends dans une bibliothèque et opte pour de la lecture simple : un Harlequin. De jolies histoires d’amour racontées dans un vocabulaire de tous les jours. Puis je découvre que Harlequin se décline en plusieurs collections. Je teste donc la série un peu plus érotique. Oh que je vais en lire de ces livres ! Puis je me tourne vers la collection historique encore un peu plus hot.

Ensuite je tente un autre registre et je passe à Mary Higgins Clark. Je suis heureuse de constater que je comprends l’essentiel. Alors je passe à un niveau supérieur et je découvre le vocabulaire légal avec John Grisham. « Attorney, law, briefs, subpoena,… ». Je comprends rapidement ces mots, sais les réutiliser correctement même si pour certains je suis dans l’incapacité de les traduire en français. Puis j’entre de plein pied dans le monde médico-légal avec Patricia Cornwell et son héroïne Kay Scarpetta avant de parfaire mon vocabulaire des affaires avec Jeffrey Archer (Kane & Abel une pure merveille).

Il me faudra attendre mes trente ans pour me lancer dans la littérature francophone. Tout d’abord avec une traduction ; une collègue m’offre Le Journal de Bridget Jones et je trouve ça sympa, même en français ! C’est rédigé dans un vocabulaire simple qui m’est accessible. Puis je reçois un Marc Lévy. J’adore. Je découvre ensuite Didier van Cauwelaert et ses belles phrases dans un vocabulaire recherché qui m’aide à progresser dans ma propre langue. Et j’ose enfin me lancer dans la littérature de Amélie Nothomb. Oh que c’estt beau. Si bien écrit avec des mots si riches (les derniers bouquin sont nuls à chier et n’arrivent pas à la cheville de Stupeur et tremblement ou encore La Métaphysique des tubes).

J’aime ma langue maternelle. Enfin. Je me lance dans les tournures vieillottes de Alexandre Duma, tout d’abord dans le Comte de Monte-Cristo bouquin qu’il faut absolument que je relise tellement je l’ai aimé, puis dans Les Trois Mousquetaires, Le Vicomte de Bragelonne, Vingt ans après, et tous les autres. Sans oublier Balzac que j’aime beaucoup. J’en viens même à faire des études de Lettres parce que le français, finalement, ce n’est pas si mal 😉

Que de chemin parcouru depuis mes premiers Harlequin ! Alors c’est avec amusement que je me suis lancée dans Fifty Shades of Grey dont je vous parlerai dans mon prochain message…

 

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Première leçon de français

Maria, la quarantaine, portugaise d’origine et accessoirement femme de ménage dans l’entreprise dans laquelle je gagne ma vie, souhaite progresser en français. Chaque fois que j’achète un livre grand public, après l’avoir lu et prêté à droite et à gauche, je le lui donne. Elle ne les lit pas tous (je sais qu’elle a également un réseau de distribution derrière) et nous n’en parlons jamais. De temps en temps elle me rappelle timidement qu’elle n’ose pas trop parler du fait de son faible niveau en français. Je trouve qu’elle s’en sort très bien. Sauf que j’ai effectivement constaté que lorsqu’elle ne trouve pas ses mots, elle fait un grand geste avec les bras qui semble dire « Mais vous savez », et oui, je sais.

Je lisais tranquillement un de mes nombreux cours lorsqu’une phrase a retenu un peu plus mon attention. Il s’agissait en substance des émissions de radio. Le cours précise qu’à partir d’une simple émission l’on trouvait une source importante de matières à enseigner. Je me suis levée et suis partie à la recherche de Maria. Je vais lui donner des cours. J’ai peur de la décevoir dans ses attentes mais finalement, si je ne me lance pas, je ne saurai jamais de quoi je suis capable.

Ce matin je suis donc arrivée avec un vieux mp3 sur lequel j’ai téléchargé le podcast d’une émission de radio qui me semble assez abordable. Maria m’a précisé qu’elle regardait la télé mais il faut qu’elle soit devant son poste pour bien comprendre. D’où mon choix de la radio. Il n’y a aucune image pour l’aider. Les deux animatrices introduisent bien leur sujet donc je n’ai pas besoin d’intervenir pour l’instant. Ce week-end je vais l’écouter attentivement afin de repérer certains mots de vocabulaire, certains thèmes dont nous pourrons discuter et il va falloir que je trouve comment aborder le côté écrit puisque Maria m’indique ne pas savoir écrire notre langue.

Cette fois-ci il va falloir que je m’applique. Je ne peux pas jouer à la touriste habituelle…

Roma civitas

Les examens approchent gentiment et je suis zen. Je vais me préparer pour la forme, mais sans stresser. Finalement, peu importe le résultat.

Par acquis de conscience, je me lance tout de même dans la lecture du cours de latin, langue dont j’ai abandonné tout espoir de m’en sortir. Les cours des deux premières années étaient à chier, n’ayons pas peur des mots. Je jette un coup d’œil, on ne sait jamais. Je lis le cours numéro un et je vous recopie, tel quel, le paragraphe des propositions relatives au subjonctif :

En latin, il arrive que la relative passe au subjonctif : le subjonctif lui apporte alors une nuance de sens qui la transforme de fait en prop. circonstancielle. Le subjonctif transforme la proposition relative :
– en prop.circonstancielle de but :
Galli legatos miserunt qui pacem
petebant
Galli legatos miserunt qui pecem
peterent

Moi j’adoooore ce genre d’expications. Nous obtenons donc une nuance dans la phrase. Elle est même mise en évidence. Super. Sauf que l’explication ne me sert à rien, puisque je ne comprends pas la phrase, nuancée ou pas ! Armée de mon dictionnaire, je peux traduire chaque mot. Le problème est que le verbe reste le même. Donc, si on ne me traduit pas les deux exemples, je ne saisis pas les nuances et la grammaire m’est inutile puisqu’inaccessible.

Je décide de rester calme, et passe à la partie de civilisation. Je vous retranscris un paragraphe, sachant que tout le cours est de la même veine.

Au contact de la Grèce, la civ.étrusque est bien + dév. que la civ.romaine : Tarquin l’Ancien apporte donc nbre d’améliorations : politique de gds travaux (Forum, Grand Cirque, Cloaca maxima), écriture + coutumes étrusques (bulle d’or, toge prétexte, chaise curule, haruspicine, ornithomancie).

Alors non seulement il faut déchiffrer toutes les abréviations (certaines sont incompréhensibles) mais en plus, on peut toujours rêver pour les explications. C’est quoi une chaise curule ? « haruspicine » c’est un adjectif, un substantif, un concept ?

Afin d’éviter tout malentendu, je tiens quand même à préciser que je ne suis pas complètement stupide et que je sais où trouver des informations concrètes. En revanche, je trouverais plus honnête de nous fournir les références de méthode de latin et civilisation plutôt que de nous envoyer un condensé de notes. Etant donné mon niveau, je pense que cette année, à l’examen, je vais me contenter de balancer mes notes qui seront également brèves…

Je sais qu’il faut toujours citer ses sources. Cependant, je ne souhaite pas donner le nom du professeur concerné qui est assurément charmant dans ses échanges de mail et certainement très compétent dans son domaine. Toujours est-il que pour un cours par correspondance, le niveau du matériel fourni laisse à désirer. Mais je suis zen 🙂

Le jour où j’ai appris que le français n’est pas une langue nationale en Suisse

J’aime ma langue maternelle qui est le français. J’ai même suivi des études de lettres modernes pour en maîtriser les subtilités. Alors quand je vois qu’elle disparaît petit à petit pour laisser la place à l’allemand, que je ne comprends qu’avec peine malgré mes neuf années d’études, je m’agace. Je m’agace d’autant plus lorsque je me connecte sur le site d’Apple, incapable de tout traduire en français. Sur la page d’accueil j’apprends “diese Woche in Musik” ou encore “iPhone app der Woche” à côté d’un “bienvenue”. Je suppose que certains mots présentent plus de difficultés de traduction que d’autres.

Mais là où je m’énerve vraiment, c’est lorsque je reçois des mails publicitaires du même Apple, tout en allemand. Premièrement, je n’ai pas souvenirs d’avoir sollicité ce genre de courrier. Deuxièmement, certainement pas dans une langue que je ne maîtrise pas. Je cherche alors comment la modifier. En vain. Et pour cause : voici ce que j’ai trouvé sur leur site lorsque j’ai souhaité changer mon identifiant Apple : “les e-mails s’affichent dans la ou les langues officielles de votre pays de résidence”. Comme je reçois tout en allemand, malgré l’option “français” de coché, j’en déduis donc que ma langue est considérée comme un petit patois local.

Hop, un petit tour sur le site de la Confédération. Et là, que lis-je ? “Les Services linguistiques centraux de la Chancellerie fédérale veillent à ce que les lois, les ordonnances et les traités internationaux soient rédigés en des termes clairs et compréhensibles dans les trois langues nationales (allemand, français et italien)“. (texte que vous pouvez retrouver dans son intégralité dans une petite brochure éditée par la Confédération).

J’en conclus qu’Apple se fout de ses utilisateurs (mais est-ce une nouveauté ?). Et, pour la petite info, dans les dix langues les plus parlés dans le monde, le français arrive à la cinquième place. (source ici) Et l’allemand, me demanderez-vous ? Aucune idée, il n’est pas dans les dix premiers !