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D’où vient la dépression ?

Ce mois-ci aux cours nous avons étudié la dépression sous l’angle de la psychanalyse et celui des techniques congitivo-comportementales (TCC). Il y a des choses intéressantes dans les deux camps.

Je n’ai jamais caché le fait que je n’aime pas la psychanalyse. On nous a fait lire des textes de Freud totalement incompréhensibles. La poudre qu’il consommait devait être de la bonne ! (oui, il a consommé de la cocaïne). Le stade oral où la sexualité du bébé est entièrement située dans la bouche et téter est le nirvana, heu, voilà quoi… Que tout soit lié au cul me laisse pantoise. Vous vous ruez sur la bouffe c’est pour combler des pulsions qui remontent à l’enfance et comme vous ne pouvez pas aller téter votre mère, vous compensez avec la nourriture 😳. Devoir étudier ça m’agace profondément. Mais…

Tout n’est pas à jeter. La psychanalyse cherche à améliorer/transformer la personnalité du patient puisque ce dernier ne va pas très bien. S’il y a dépression, c’est que les conflits refoulés durant l’enfance ont été réactivés et la partie consciente de l’individu ne sait pas comment les gérer car elle ne les comprend pas. D’où les symptômes. L’inconscient va parler, dans les rêves, dans les associations d’idées. C’est pourquoi il faut faire parler le patient et tirer des conclusions entre les divers liens des sujets qu’il aborde et analyser ses rêves. Le patient n’est pas capable de percevoir ces liens puisqu’il s’agit de sujets qu’il tente désespérément de refouler.

Les TCC cherchent à supprimer les symptômes. Nous sommes dans l’ici et le maintenant. Aujourd’hui je vais mal donc qu’est-ce qui peut bien me perturber à ce point en ce moment. Martin Seligman parle d’impuissance acquise. Des rats placés dans une cage reçoivent des décharges électriques. Rapidement ils se résignent à souffrir. Ils sont ensuite transférés dans une nouvelle cage où il y a la possibilité de supprimer ces décharges. Or, les rats habitués à l’ancienne cage, ne réagissent pas et ne tentent rien. Une personne dépressive agit plus ou moins de la sorte. Par le passé, un événement X était désagréable donc tous les événements qui s’en approchent doivent être désagréables… Nous parlons aussi de biais dans les attributions. Quelqu’un qui a tendance à faire des attributions internes, stables et globales sera plus susceptible de sombrer dans la dépression (ou il y est déjà). Le but de la thérapie est d’apprendre à percevoir les choses correctement et donc supprimer ces biais.

Une attribution interne : “Anne-Laure ne m’a pas saluée aujourd’hui dans le bus. Je lui fais honte et elle préfère m’ignorer. De toute façon je suis nulle, je le sais”. Ce jour-là Anne-Laure n’avait tout simplement pas ses lunettes; rien à voir avec la patiente… Une attribution externe aurait été plutôt du genre “Tiens, Anne-Laure ne m’a pas saluée dans le bus aujourd’hui. Elle semblait songeuse. Je me demande ce qui lui arrive…”.

Attribution stable : Cette semaine ma collègue n’est pas là et je dois absolument être à l’heure (je dépends des transports publics et ce n’est pas tous les jours évidents). De plus, deux jours dans la semaine la femme de ménage vient nettoyer le bureau avant l’ouverture. Cette semaine, le train a été en retard tous les matins avec des retards plus marqués les deux jours où la femme de ménage attend derrière la porte. Il y a quelques années une telle situation m’aurait anéantie : “C’est toujours quand j’ai besoin d’être à l’heure que ce pu%##* de train est en retard”. Une personne dans cette optique oublie que le train est parfois en retard quand elle n’est pas pressée et qu’il est souvent à l’heure quand elle l’est. Sa vision est donc déformée et rend la vie un peu plus difficile. Et moi ? J’ai trouvé cette coïncidence très drôle car ça faisait au moins trois semaines que le train était à l’heure. C’est tout. Et pour la petite histoire, il a été en retard tous les soirs de cette semaine également…

Attribution globale : “Ils me font tous ch… Au boulot mon chef est toujours sur mon dos et Carlos est un sale intriguant qui me casse les pieds. Pis quand je rentre le soir, j’ai mon mari qui se plaint constamment de son boulot et mes enfants sont pénibles. Heureusement, le lundi soir je vais à mon club de pétanque mais là aussi, Amélie devient pénible. Il n’y a jamais rien qui lui convient. C’est comme à la réunion des parents d’élèves; la prof principale de mon fils lui reproche plein de choses à ses élèves et nous fait la morale…”. C’est fou, où qu’elle aille, cette personne doit traiter avec des gens pénibles. Pas juste au travail, non, à la maison, dans ses loisirs et même aux réunions où elle n’est pas sensée se sentir visée. Une attribution spécifique sera de se focaliser sur un seul endroit par exemple et donner une signification au reste. Le chef a peut-être des problèmes privés et son stress déteint au travail, Carlos est en plein divorce, le mari est dans une entreprise menacée de faillite, les enfants…sont des enfants et ils ressentent le stress de leurs parents etc… Il faut apprendre à recadrer ses pensées.

Je m’arrête là pour aujourd’hui.

Et pour terminer en musique je vous propose Kasabian avec leur nouveau titre Comeback Kid

Comment apprendre ?

Comme promis, je vais vous parler des conditions favorables ou non pour un bon apprentissage. C’est très axé sur l’apprentissage scolaire bien que ce soit utile pour tout type puisqu’il n’est pas nécessaire d’aller à l’école pour continuer à apprendre.Je tire mes informations d’un article de M. Boekaert [1].

Croire en ses capacités est un très bon prédicteur des résultats futurs, d’autant plus si on porte un jugement réaliste sur ses propres compétences; On sera plus à même de contrôler toutes les variables qui pourraient nuire à notre apprentissage. Et, voilà quelque chose de très important, il est vivement déconseillé de dire “essaie” ou laisser croire que si l’élève fait un effort il va réussir. Ces remarques agissent sur la confiance en soi sans pour autant que les compétences augmentent. En cas d’échec, la confiance prend un sacré coup.

Il faut apprendre à attribuer ses réussites à ses propres compétences (je suis capable et j’ai persévéré) et à attribuer les échecs à des causes extérieures du genre, le prof est nul, j’ai pas eu le temps de bosser, j’étais malade, etc. Ça évite de toucher la confiance en soi (sujet que j’avais déjà étudié en psychologie sociale et j’adore). Autant vous dire que je tente d’appliquer ce principe dans ma vie quotidienne et ma vie est bien plus facile, je rumine moins des pensées sombres. La semaine dernière je ruminais un truc bête et j’ai tenté d’attribuer mon “problème” à quelque chose d’autre que Moi. Ça a bien fonctionné puisque je ne m’en souviens plus. Votre chef vous a fait une remarque désagréable ? S’il a un problème avec vous, il doit vous l’expliquer calmement et de façon constructive. S’il est désagréable, ce n’est pas de votre faute : son chef lui est tombé dessus tôt dans la journée, sa fille est rentrée ivre le soir précédent, il s’est engueulé avec sa femme,…

Evidemment que si vous estimez que la chose à apprendre est sans importance, cela va être plus difficile à étudier. Donc il faut chercher à rendre la matière intéressante. Au début du semestre, je n’étais absolument pas motivée à étudier la psychologie de l’éducation. Je ne souhaite pas me lancer dans l’enseignement et depuis le temps que j’étudie, je trouve que je m’en sors plutôt bien. J’ai donc cherché à prendre ce cours sous un autre angle : en quoi peut-il m’être utile dans ma vie ? Depuis j’aime beaucoup cette matière 😉. On en parlait hier aux cours et les personnes qui n’arrivent pas à voir en quoi cette matière leur est utile, détestent ce cours…

Apprendre pour “apprendre”, à savoir, avoir un but de maîtrise, est plus profitable à l’étudiant qu’apprendre pour performer (être le meilleur). On parle de motivation intrinsèque quand on travaille pour soi et de motivation extrinsèque quand on pense à l’image de soi que l’on veut donner. Là encore, quand on bosse pour son image, l’estime de soi peut très facilement être fragilisée.

Ne jamais avoir peur de demander de l’aide, ce qui évite aux émotions négatives de prendre le dessus. C’est quand même mieux d’obtenir de l’aide que d’échouer non ? Il ne faut pas non plus hésiter à réévaluer la situation d’apprentissage (ou autre) du genre : est-ce tellement grave si je n’arrive pas à résoudre ce problème ? Hier, j’en ai résolu sept ! De cette façon, j’agis sur mon sentiment d’efficacité personnelle : je suis capable.

Il faut se fixer des objectifs clairs et concrets, ça aide à mieux s’organiser : Demain je lis le document n°1 en entier et je le résume. Si je suis motivée je vais en faire plus, mais si je ne le suis pas, j’ai un objectif tout à fait atteignable. Un plus jeune élève pourra se dire qu’il fera ses devoirs en rentrant avant de regarder la télé pour se motiver.

Toutes ces stratégies aident à penser que l’on contrôle son apprentissage et ce sentiment de liberté est très utile dans tout ce que nous entreprenons…

1. Boekaerts, M., (2010). Motivation et émotion : deux piliers de l’apprentissage en classe. Comment apprend-on ? La recherche au service de la pratique, 97-117.

Et pour terminer en musique, je vous propose Jacob Bellens avec Untouchable

C’est pas moi c’est l’autre

Mon sujet sur le trouble bipolaire attendra un peu. En lisant un article dans la grande revue scientifique qu’est le 20 Minutes je me suis énervée et je vais vous en parler. En plus ça me fait réviser le sujet sur les Attributions que je dois apprendre pour mes examens qui approchent…

“Une structure de chantier est tombée à cause du vent dans la cour de l’école des Eaux-Vives (Genève), mercredi soir, sans faire de victime. Des parents s’inquiètent”.

L’humain a besoin de connaître et maîtriser son environnement et garder une bonne estime de lui-même. C’est pourquoi il cherche les raisons pour lesquelles tel événement s’est produit; l’explication trouvée devient alors la cause de l’événement. Ceci est une attribution et cette dernière n’est donc qu’une cause perçue. Ça ne reflète pas forcément la réalité mais c’est notre réalité et ceci nous permet de continuer à connaître et maîtriser notre environnement. Cette façon de procéder est aussi économe en énergie cognitive. C’est-à-dire qu’elle ne demande pas trop de réflexion, d’analyse en tout genre, tout en nous rassurant. Pour prendre un exemple tout simple, les stéréotypes (qui sont des attributions) sont une forte économie cognitive. Dire que les blondes sont stupides évite à Kevin qui se trouve face à une blonde de trop réfléchir s’il ne comprend pas ce que cette dernière tente de lui expliquer. Le problème est forcément dû au fait qu’elle est blonde, c’est pas Kevin qui est stupide, voyons ! Du coup Kevin garde son estime de lui-même intacte. (Et dans mon exemple j’ai même rajouté un petit clin d’oeil humoristique. Sauras-tu le dénicher ???).

Si nos forces personnelles sont plus importantes que les forces environnementales, on peut réussir la tâche qu’on s’est donnée. Donc si j’ai bossé comme une forcenée pour mon examen (forces personnelles) et que le prof est très sympathique dans ses corrections (forces environnementales), je vais cartonner à mon examen. C’est pourquoi on va toujours tenter de minimiser les forces environnementales pour continuer à croire que nous maîtrisons notre environnement. Et si je rate mon examen, c’est certainement parce que le prof n’était qu’un con. Rien à voir avec moi !

Autant dire que nos attributions sont totalement biaisées ! Parce que pour ce qui nous concerne, c’est toujours la faute à autrui ou à quelque chose indépendamment de nous. En revanche, si quelqu’un fait quelque chose, on ne tient absolument pas compte des éventuelles causes extérieures. Ce qui est flagrant dans l’extrait de l’article qui m’a tant énervée. Si la structure s’est effondrée, c’est de la faute de l’ouvrier qui l’a montée. Le fait que les conditions météorologiques étaient déchainées n’est pas pris en considération. Du coup, ces parents énervés ont réagi et il faut durcir la loi quant aux contrôles sur les chantiers. Les parents sont contents, ils maîtrisent l’environnement, et moi ça m’agace car ceci n’est qu’illusoire. Peut-être qu’il y a erreur humaine, mais peut-être pas. En plus personne n’a été blessé et les enfants n’étaient même pas à l’école. N’oublions pas que le fait de blâmer quelqu’un a un effet rassurant. Parce que ces parents n’auraient jamais, oh non jamais, été aussi négligents que ce petit ouvrier incompétent !

Pensez-y la prochaine fois que vous vous emportez contre quelqu’un : êtes-vous totalement innocent, et l’autre, n’a-t-il vraiment aucune circonstance atténuante ?

Et pour terminer en musique je vous propose Mémorable de Nord