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Un plus un égal huit

Comme je l’ai déjà évoqué, je suis en plein chamboulements. Je suis à fond dans les montagnes russes, moi qui déteste ça. Je parlais dernièrement avec mon papa du monde du travail et de ma piètre carrière professionnelle. Partout où je passe, je m’ennuie. J’ai la chance (ou malchance visiblement) d’apprendre très vite. Donc rapidement, j’ai une vue d’ensemble de ce que je dois faire et je m’organise en conséquence. Là où mes collègues peinent et se plaignent d’être débordés, moi, la nouvelle, je trouve une façon efficace de travailler…et me plains donc de n’avoir pas assez à faire et trouve le boulot très vite lassant. Donc je suis une double chiante : caractère de merde parce que je me plains et du fait que très vite j’en sais plus que mes collègues, d’une certaine façon je leur balance ma supériorité à la figure. Autant dire que j’ai régulièrement eu des problèmes. J’ai très souvent changé de poste et partout on m’expliquait que j’allais être débordée et partout, je me suis ennuyée.

J’ai le souvenir d’un job où on m’avait prévenue que j’allais cumuler les heures supplémentaires. En fait, je suis devenue la pro des jeux sur internet… Pour m’occuper, j’avais même commencé à vider les armoires qui contenaient tout le classement du service et je descendais les dossiers aux archives. C’était chiant mais ça passait le temps. Jusqu’au jour où mon chef d’alors s’était vexé car c’était à lui d’organiser le classement. Je n’ai donc plus eu le droit d’y toucher. Les armoires ont rapidement débordé à nouveau et moi je me suis remise à jouer sur internet.

Et puis aujourd’hui j’ai enfin compris. En fait, plus j’ai de diplômes, moins j’ai de responsabilités. Alors que je n’avais que ma maturité (mon bac), j’ai assuré par intérim durant six mois la gestion d’une agence bancaire. Tout s’est bien passé mais je n’ai pas particulièrement aimé. En plus de la gestion du personnel, je devais m’assurer que les chiffres de vente étaient atteints et en tant que responsable, je devais vendre un max. Je déteste la vente. Pour le reste, c’était sympa. Pour une fois qu’on me faisait confiance.

Depuis j’ai deux bachelors universitaires et mon emploi actuel consiste essentiellement à faire de la monnaie : des vendeurs viennent avec des billets et repartent avec des rouleaux de pièces. Il n’y a même pas besoin de savoir compter. Ma collègue fait tout sur sa machine à calculer pour être sûre de ne pas se tromper. Moi je joue à la rebelle, celle qui sait : Je compte dans ma tête ! Je suis une ovni. Bon, quand je reçois des seaux de pièces, je ne les compte pas. Je les balance dans une machine qui se charge de les compter et les trier. Ensuite je les mets dans une autre machine qui va me faire des rouleaux, que je pourrais alors remettre aux vendeurs. Passionnant. Parfois j’ai des gens qui viennent et me préviennent qu’ils accompagnent leur client car ce dernier ne parle pas français alors ils sont là pour traduire. Ça part d’une bonne intention sauf que généralement, je parle bien mieux anglais qu’eux et c’est moi qui finis par les aider à expliquer ce qu’ils veulent à leur client.

Aujourd’hui j’ai compris que j’avais trop de diplômes quand j’ai reçu un mail de quelqu’un avec un poste un poil plus intéressant que le mien : « Le vendeur prêtant avoir exécuté se versement ». En fait, pour obtenir un job plus stimulant, il faut pouvoir prouver qu’on ne va pas tenter de piquer la place du chef.

J’ai décidé de ne plus me prendre la tête pour le boulot ; j’ai enfin compris que c’était sans espoir en ce qui me concernait. Comme je l’ai appris aux cours (oui, je prépare un master. Avec un peu de chance je vais bientôt passer balayeuse), comme je disais donc, pour motiver un employé, ce dernier doit comprendre les tâches qu’il doit réaliser. Pour cela, il faut éviter au maximum de fractionner ces dernières afin qu’il ait une meilleure vue d’ensemble. Or, j’avais une tâche extrêmement fractionnée à côté de mon comptage de billets/pièces. Pour être cohérente avec ma nouvelle façon de penser, à savoir que je ne veux plus me prendre la tête au travail, j’ai parlé à mon chef et lui ai expliqué que ça faisait longtemps que j’avais terminé mon apprentissage. Soit on me confiait le travail en entier et pas juste la saisie en bout de file, soit on me l’enlevait ; je refusais de continuer à travailler dans ces conditions car je suis compétente. Alors, qu’est-ce qui s’est passé ? On m’a retiré le travail… Il ne me reste plus que mes pièces à compter. Mais là j’ai une vue d’ensemble donc je ne peux pas me plaindre. Quand je dis que c’est sans espoir…

Et pour terminer en musique je vous propose Qu’en est-il de la chance? de Pierre Lapointe